Série télé – 2 – Haven
Après avoir posé ma critique de “Rizzoli and Isles” (voir article du 6/11/2011) je viens vous proposer une nouvelle série que j’ai découvert récemment. Je veux parler d’Haven.
Cette série fantastique a été inspirée par un des livres de Stephen King : Colorado Kids. Ne l’ayant pas lu, je ne peux que vous livrer le résumé que l’on peut lire partout sur le net. En somme, c’est l’histoire de deux vétérans du journalisme, qui, pour tester les connaissances et la motivation de leur dernière stagiaire, lui raconte le plus grand mystère qu’ils n’aient jamais résolus : celui d’un gamin retrouvé mort au fond d’une grotte, avec dans la poche, un billet le rapprochant du Colorado. D’après ce que j’ai pu comprendre, le livre n’a pas eu le succès escompté. En effet, de nombreux fans de l’auteur ont été déroutés par divers détails : l’histoire est courte, le style est là mais sans saveur, et surtout, le fameux mystère du Colorado Kid n’est pas résolu. (ce qui est assez aberrant pour une œuvre de ce genre)
Le lien avec Haven est relativement mince. On parle d’inspiration et non d’adaptation. Bien que le meurtre du Colorado Kid ait son importance dans la trame, il reste bien souvent en arrière plan et ne fait pas parti intégrante de l’intrigue. Autre point commun, la ville Haven, et les deux frères journalistes qui semblent connaitre beaucoup de ses secrets, mais qui restent plutôt au niveau des seconds rôles. En somme, ça s’arrête là.
L’histoire est simple : Audrey Parker, jeune agent du FBI, est envoyée à Haven pour retrouver un fugitif que l’on soupçonne de meurtre. Dès son arrivée, Audrey rentre le policier Nathan Wuornos qui l’emmène sur une nouvelle scène de crime : son fugitif est mort, mais de bien étrange manière. Dès le début de l’épisode, on sait, en tant que téléspectateurs, que son décès n’a rien d’habituel, puisqu’il a été poussé au large par une force étrange qui lui a envoyé faire un vol plané de plusieurs mètres sur la plage. C’est un peu comme à la X-files où dès les premières minutes, nous sommes du côté de Mulder puisque nous avons vu l’étrange créature qui tue les victimes, et que celle-ci n’a rien d’humain.
Bien sûr, il n’aurait pas d’histoire si Audrey décidait de rentrer avec le cadavre. La jeune femme est curieuse et obstinée. Les trucs bizarres l’attirent et elle compte bien comprendre ce qui se passe dans cette petite ville du Maine, surtout lorsque les deux journalistes précédemment cités, lui montrent l’article de journal relatant la mort du Colorado Kid survenue en 1983, où elle découvre le portrait d’une femme. Une belle femme qui – comme hasard – se trouve être son portrait craché. Serait-ce sa mère ? Audrey est orpheline et sans amie. Voilà pourquoi elle décide de rester. Trouver qui est elle.
Autant le dire tout de suite, l’intrigue d’Haven ne casse pas trois pattes à un canard. Haven est une petite ville portuaire atteinte par une étrange vague de “perturbations” 27 ans auparavant. Après une pause, ces perturbations reviennent et affectent certains habitants, capables, par exemple, de contrôler la météo, les ombres, le feu, les rêves…et cela finit souvent dans un bain de sang. La colère ou un traumatisme sont le déclencheur de la perturbation et cette dernière ne s’arrête pas tant que l’on ne trouve pas la personne affectée. (Un peu à la SmalVille, mais sans la cape et les bottes)
Audrey et son nouveau partenaire Nathan deviennent alors la fine équipe capable d’arrêter ces phénomènes, tout en essayant de comprendre d’où ils viennent et pourquoi ils affectent les gens. Pour cela Audrey finit par rencontre la Némésis de Nathan : Ducke Croker, un contrebandier qui vit au port et qui cache ses principes derrière une attitude nonchalante et séductrice. Tous les trois se trouvent liés à la ville de différente manière : pour Audrey, c’est cette femme vue sur l’article de journal, pour Nathan, c’est être le fils du chef de police mais aussi être un “affecté” : il est en effet incapable de ressentir quoique ce soit au niveau corporel. C’est un syndrome bien connu des scientifiques qui est détourné par la série pour expliquer pourquoi Nathan est si…réservé et si seul. Et enfin Ducke, qui finira d’une manière ou d’une autre à être mêlé aux perturbations. (impossible d’en dire plus sans spoiler)
Soyons clairs : Haven ne démarre pas sur des chapeaux de roues. Les trois premiers épisodes ont du mal à se mettre en place, les acteurs cadrent mal leurs personnages, et surtout…surtout, les effets spéciaux datent des années 90. C’est comme si l’écran bleu était mal cadré avec le reste de l’image. Ça apporte un côté old school à une série qui se veut mystérieuse et qui peut facilement désappointer les fanas de dernière technologie.En gros, ça fait mal aux yeux.
Il faut attendre le 4e épisode pour voir les choses bouger et se sentir enfin attiré par la touche “King”. Car le point fort de la série – et qui met un peu de temps à se lancer – c’est l’ambiance. Non pas les petites enquêtes différentes par chaque épisode mais bien le fil rouge qui se dessine en arrière plan. A la base, la recette est simple : nous sommes témoins d’une perturbation qui entraine la mort de quelqu’un, les deux héros arrivent, se demandent si oui ou non, c’est normal, puis partent à la poursuite du responsable en tapant deux ou trois fois à côté, pour la cause ou les affectés. (Je dois reconnaitre que je me suis faite avoir plusieurs fois sur ce coup) La redondance du schéma aurait tôt fait de gaver n’importe qui, aussi, son intérêt n’est pas là.
Au fur et à mesure, on réalise qu’Haven cache plus d’un secret, que plusieurs de ses habitants sont au courant mais refusent de parler – ou se font tuer avant – et que l’histoire d’Audrey Parker se trouve être bien plus compliqué que prévu. Et c’est ça qui tient en haleine. J’ai personnellement avalé les huit épisodes à la suite, très inspirée pour la suite. Et je dois avouer que la fin de la première saison tient toutes ses promesses. La seconde par contre, se disperse beaucoup plus. En voulant ajouter un voile de mystère toujours plus important sur la ville, les incohérences deviennent plus grosses et peuvent faire perdre le fil. Heureusement, quelques rebondissements viennent recadrer les choses et la saison s’arrête sur de nouvelles questions. Gageons que la 3e saison sera la dernière car les réponses ont besoin d’être données.
Bilan : Haven a de quoi décourager pas mal de téléspectateurs. Démarrage tout en lourdeur, personnages mal cadrés, dialogues ou effets spéciaux d’un autre temps…il faut s’accrocher pour lui trouver un intérêt. Puis le charme agit et le mystère de cette petite ville du Maine finit par attiser toute votre curiosité. C’est la patte de King. Un village un peu excentré, un lourd secret qui lie les habitants tout en les dévisant, des héros isolés qui cherchent à en savoir plus…la recette qui a fait ses preuves et qui marche encore ! Mais pas éternellement.



