Khalia Kalimdor – 3 -

Voici le début du chapitre 2 du “trône de la Citadelle”

L’intrigue serait-elle aussi simple qu’il n’y parait ? ;)

Vous le saurez en lisant la suite.

Bonne lecture à vous !

****

Chapitre II

-  Grand-père, grand-père, on voit tout d’ici !
-  Oui doucement Titien, ne bouge pas. Tu déranges les gens.
Dehors, la foule était toujours aussi importante. Titien se tenait sur l’un de ces nouveaux réverbères récemment implantés dans toutes les rues principales. De là, il pouvait voir toute l’estrade qui contenait seulement quelques sièges richement brodés. Le plus grand ne pouvait être que celui du roi.
- C’est long grand-père….
- Je te l’ai déjà dit, il faut être patient. Le gentil chauffeur nous a dit que cela prendrait du temps et nous sommes venus en avance. Arrête de gigoter tu veux ?!
Titien s’accrocha aux décorations en métal qui stylisaient des branches d’arbre et tendit le cou pour voir l’agitation qui était en train d’envahir tout le réseau de sécurité : le roi arrivait !
Il trépigna sur place et se dressa sur la pointe des pieds pour voir arriver un superbe étalon blanc qui précédait un carrosse tapie de feuilles d’or.

Hultan de la Pierre Noire leva une main. La foule partit en liesse général

Surpris par les cris qui envahirent toute la place centrale, Titien glissa de son perchoir et partit en arrière. Vivien s’époumona de peur : il serait immanquablement écrasé s’il venait à s’échouer dans la foule !
- Doucement petit.
Une main gantée rattrapa l’enfant par la taille et le souleva avec délicatesse. La foule se tut.
- Et bien, en voilà un jeune acrobate.
Titien rouvrit les yeux quand Hultan lui sourit à travers son épaisse barbe noire finement taillée. Vivien joua des coudes pour arriver en première ligne. Il s’inclina bien bas devant le souverain, mortifié.
- Pa…pardon sire, c’est mon petit fils !
- Un garçon vigoureux, déclara l’homme vêtue d’une armure noire plaquée de gravures d’argent, comment t’appelles-tu mon garçon ?
- Ti…tien monsieur.
- Majesté !
Des rires se firent entendre lorsque le vieil homme reprit son descendant dans un souffle gêné.
- Titien donc…Tu voulais me voir ?
Le garçon hocha doucement la tête. Le roi le souleva de deux mains pour le faire asseoir sur son cheval.
- Et bien qu’en penses-tu ? Suis-je aussi fort que tu le pensais ?
- Oh oui monsieur ! déclara l’enfant avec toute son innocence, vous êtes encore plus grand ! Mais plus vieux aussi !
- Titien !

Hultan écarquilla les yeux et le silence se fit. Vivien se passa une main livide sur le visage, tremblant. Le roi se pinça les lèvres puis éclata de rire. Le grand-père crut devenir liquide quand la foule imita le souverain, touchée par tant de candeur.
- J’aime ta franchise petit ! Eh oui, je ne suis plus aussi jeune qu’autrefois, mais je suis encore fort. Les rides que tu vois sont celles de la sagesse, tout comme celles de ton grand-père. Ce sont elles les plus importantes, tu vois ?
Titien secoua négativement la tête et le roi repartit à rire.
- Tu comprendras une fois adulte, j’en suis sûr. Je dois rejoindre ma famille à présent. Notre rencontre t’a plu ?
Le garçon secoua si fort la tête que le roi ne put s’empêcher de lui caresser la tête de sa grande main gantée. Il le souleva et le tendit à son grand-père qui ouvrit les bras comme s’il venait de recevoir une offrande.
- Veillez bien sur lui, voulez-vous ?
Vivien déglutit. Hultan reprit les rennes de son cheval au signe paniqué de son chef de sécurité qui n’appréciait pas du tout le voir si proche de la foule.

Il donna un élan à sa monture pour rejoindre le carrosse déjà stationnée près de l’estrade. La foule accueillit cette envolée d’une nouvelle exclamation, fascinée par la puissance de l’homme qui les gouvernait depuis maintenant presque 20 ans. Il descendit de sa monture d’un petit saut et tendit de nouveau la main pour accueillir la reine Sophia, le prince Alby et la princesse Amélia.
- Qui était ce garçon père ? pourquoi nous avoir ralenti ? demanda Alby avec une pointe d’irritation à peine dissimulée.
- L’un de mes admirateurs, s’amusa Hultan en présentant un bras à son épouse, il est parfois bon de se montrer à ceux qui espèrent de grandes choses.
- Humf…ce n’était qu’un gamin !
- Mais tu l’étais également il n’y a pas si longtemps.
- Hultan.
Sophia pressa discrètement le bras de son époux mais celui-ci n’était plus d’humeur. Le prince Alby dressa fièrement le menton du haut de ses 15 ans et grimpa l’estrade pour gagner le fauteuil qui lui était réservé. Hultan le suivit d’un regard discret et agacé. L’adolescence…le pire moment dans la vie d’un enfant. Et d’un roi.

Surtout quand celui-ci se doutait que les grands ducs appuyaient cet enfant pour mieux faire connaître leur opposition à toute décision royale.
Diviser pour mieux régner…lui-même avait utilisé cet adage…il y a fort longtemps…
- Hultan ? Vous rêvassez.
La douce voix de la reine le fit sortir de ses sombres pensées. Il lui sourit maladroitement. Il était toujours aussi subjugué par sa beauté.
Il ouvrit un bras pour l’inviter à le précéder mais elle refusa poliment et attendit qu’il s’asseye pour faire de même. La petite princesse Amélia imita sa mère et s’installa en prenant garde à ne pas froisser sa belle robe. C’était très important. Surtout à 8 ans.
- Majesté, les hommes sont prêts à partir.
Le capitaine Sylvan, chef de la sécurité, souffla à l’oreille royale qu’il pouvait lancer le départ des festivités. Ce dernier le remercia d’un signe de tête et se leva de toute sa hauteur. La foule se tut, impatiente.

- Mes amis ! Nous sommes réunis aujourd’hui pour fêter Séléna, notre grande déesse de la nuit ! Elle nous a mainte fois sauvé et protégé, nous habitants de la Citadelle, que ce soit en temps de guerre qu’en temps de paix ! Aussi faisons la fête et remercions-la comme elle le mérite ! Que la procession commence !
Un tonnerre d’applaudissement retentit sur toute la place blanche et le roi se rassit, soulagé.
Devant lui se tenait une belle avenue de pavés lisses, l’un de ses chantiers dont il était le plus fier. Finies ces ruelles sombres et sordides, bonjour à la lumière et à l’espace. Même si pour ça, il avait du faire déloger de nombreux concitoyens.

Mais c’était pour la bonne cause.
« Oui la bonne cause… » pensa-t-il amèrement en gardant un œil sur son fils, cet adolescent boutonneux et colérique qui avait remplacé ce garçonnet si gentil et si serviable qu’il était il n’y a pas si longtemps. Le voir discuter si joyeusement avec le prince de Coldé le remplissait de colère sans qu’il ne sache vraiment pourquoi. Son cousin était un homme puissant, normal que son fils s’y intéresse. Mais jusqu’à quel point s’étendait cette nouvelle amitié ?

- Hultan, vos hommes attendent votre bénédiction.
Une fois encore, ce fut la reine qui le sauva de la mélancolie. Il reprit violemment ses esprits et balança sa main en avant pour saluer les hommes de son infanterie, revêtus de leur plus bel uniforme. Ils battaient le pas sur les pavés sous les yeux émerveillés de la foule et continuaient leur route selon une trajectoire définie à l’avance.
- Vous n’êtes pas à la fête mon ami, souffla discrètement Sophia tout en regardant défiler les soldats, vous teniez pourtant fort à cette réunion.
- Certes ma douce…tout avait si bien commencé…
- Ce petit garçon vous a rappelé des souvenirs…

Hultan regarda sa jeune épouse du coin de l’œil et eut un sourire contrit. Elle lisait en lui comme dans un livre ouvert.
- Des souvenirs d’un temps révolu, j’en ai peur.
- Les enfants grandissent, ce n’est pas un mystère. Vous-même avez été impatient de faire vos preuves à une époque.
- Mais cette dernière était fort différente ! siffla-t-il, irrité, nous étions en guerre et j’avais un trône à protéger !
- Toutes les guerres ne se font pas en armes, majesté. Certaines sont plus subtiles que d’autres…je ne vous apprends rien.
Le roi soupira et tapota le bras de son fauteuil pour faire baisser la tension qui l’habitait. Il fouilla la foule d’un regard puis tourna la tête pour voir qui se trouvait derrière lui. Nombres de cousins, de courtisans, de grosses fortunes…ils étaient tous là, fatigués, indifférents, observateurs…
- Hum ?
Il fronça les sourcils en devinant ses six conseillers assis là où étaient leurs places, faussement concentrés sur le défilé. Certains étaient livides comme ce naïf Wylsky et d’autres verts de rage comme ce vieil Anatole.
- Moi qui pensait qu’ils ne viendraient pas…
- Pardon ?

La reine tourna la tête et comprit ce qu’il voulait dire en notant la place laissée vacante parmi les six hommes de loi.
- Monsieur Overo adorait ce genre d’événement me semble-t-il.
- En effet. Et Ribon m’avait fait parvenir une demande pour ne pas y participer, par respect pour son camarade…à croire qu’il a changé d’avis.
Sophia eut une moue explicite et revint sur la procession, ennuyée. La mort du conseiller Overo n’était pas pour la rassurer. C’était l’un des seuls hommes de son mari qui la considérait comme un soutien et non comme une ennemie. Certes, elle n’était que la belle-mère du prince héritier, mais elle avait élevé ce dernier comme son propre fils, en souvenir de la reine Ylavie, première épouse du roi Huldan, décédée en couche. Mais ce n’était pas suffisant pour les grands ducs et elle se savait dans une situation plus que précaire. S’il venait à arriver quelque chose de fâcheux au roi, elle se retrouverait totalement isolée.

- Votre majesté…
- Oui ?
Elle leva le nez quand un soldat lui présenta une lettre rigoureusement cachetée d’un sceau qu’elle espérait recevoir il y a longtemps déjà.
- La dame m’a dit de vous dire qu’elle serait bien là lors du bal organisée par votre majesté.
- Ah parfait ! Merci, vous pouvez disposer.
Le soldat se mit au garde à vous et fila sans demander son reste, mal à l’aise parmi toutes ces têtes couronnées. Hultan observa son épouse du coin de l’œil, un fin sourire aux lèvres. Elle était comme une enfant qui venait de recevoir un cadeau inattendu.
- Un présent de votre grande amie ?
- La connaissant, elle n’a pas du traîner.
- Je l’espère, souffla-t-il en levant de nouveau la main pour bénir un autre régiment de son infanterie, les rumeurs grondent et on me demande déjà la tête de Richéri.
- Baliverne ! Cet homme n’a en aucun cas pu tuer votre conseiller !
- J’en suis fort aise ma mie, mais vous savez comment est mon cousin. Expéditif.
Sophia eut une grimace explicite puis ses yeux s’éclaircirent quand elle parcourut les quelques lignes finement gravées sur le papier de lin.

Huldan eut soudain envie d’elle, toujours passionné par cette jeune femme qui avait la moitié de son âge.
- Mon ami, si vous continuez de me dévisager ainsi, je ne saurai bientôt plus où me mettre, lui dit-elle avec un sourire mutin, les yeux toujours occupés à lire.
- Ahum !…oui.
Il se retourna et regarda passer ses soldats pour éviter de s’arrêter sur la discussion passionnée qu’entretenaient son fils et le duc de Coldé.
Sophia garda un sourire amusé, le cœur palpitant. Khalia était arrivée à la même conclusion que le roi et se faisait fort de trouver des preuves définitives. Elle avait visiblement rencontré des difficultés avec certains conseillers obtus, mais elle avait déjà passé outre.
« Fais attention à toi Kaly…le mal rode…même toi tu ne pourrais pas le voir venir… »…

Commentaires

  • Elros  On 3 octobre 2010 at 16 h 42 min

    Merci !

    Elros

    • miyaki2384  On 3 octobre 2010 at 21 h 23 min

      Mais merci à toi ^^

  • Kujira  On 7 novembre 2010 at 15 h 30 min

    super continue :)

  • Yobwo  On 8 novembre 2010 at 19 h 57 min

    Comme promis, j’ai lu les trois chapitres ce week-end. Ce n’est qu’un aperçu qui dresse une intrigue préparatoire (parce que ça m’étonnerais qu’on en reste à cet assassinat) et présente la charmante et perspicace Khalia.

    Côté univers, on en voit peu à ce stade, je reste donc sur ma faim et j’attendrais de pouvoir me procurer le récit complet pour profiter de ce mix fantasy/victorien peu banal.

    Tu continues de bien mener tes personnages par des dialogues pertinents et des détails qui enrichissent l’attitude ou le caractère. Le dernier passage entre la Reine et le Roi est un bon exemple. On sent tout de suite complicité et amour entre eux.

    Par contre, malgré ton choix de laisser le lecteur s’imaginer la majeure partie des choses, je pense que tu pourrais enrichir tes textes d’un peu plus de descriptions. Par forcément de beaucoup, il suffirait de fixer des repères concrets dans l’espace. Même au niveau des personnages. Le Roi fait forte impression et tu lui as dégoté un nom qui claque d’emblée. Hultan de la Pierre Noire, ça ne peut décemment pas être un mickey. Il aurait encore plus de corps en insistant sur ses vêtements, armure de cérémonie, la couronne, le cheval.

    Car ce n’est pas tant que le lecteur va forcément se représenter avec précision l’image que tu en donneras (tu remarqueras qu’on en fait souvent qu’à sa tête en lisant, question apparence), il s’agit plutôt de distiller des impressions que les autres vont capter et adapter à leur ressenti.

    Ca ressemble à du gâchis mais en réalité, ça participe de la perception, comme les minuscules touches des pointillistes dressent un tableau quand on s’éloigne suffisamment pour les rassembler.

    Me suis bien étalé là…

    • miyaki2384  On 8 novembre 2010 at 20 h 43 min

      Mais tu as bien fait de t’étaler, rassure-toi ;)

      En ce qui concerne les descriptions, tu as mis le doigt sur l’un de mes défauts. La peur d’en faire trop me coupe souvent dans l’étalage des détails. Je manque sans doute de recul car je suis très accrochée à cet univers et l’idée que j’en ai ne correspond pas toujours à celui que s’imaginent les lecteurs. Cependant, je ne veux pas trop les diriger sur ma propre vision des choses.
      En tout cas, je note, car tu n’es pas le première à me faire la remarque ^^”

      • Yobwo  On 8 novembre 2010 at 20 h 47 min

        Il ne faut pas avoir peur de cela. Après tout, c’est bien de toi que naît l’histoire et il est normal qu’elle possède les caractéristiques de sa créatrice.

        Et comme dit, si un lecteur préfère voir les choses d’une autre façon, rien ne l’empêche vraiment de le faire.

  • miyaki2384  On 8 novembre 2010 at 22 h 30 min

    Ca…l’imaginaire appartient à chacun. C’est bien la seule chose que l’on ne nous retirera jamais ;)

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