Lune Bleue

The Projet qui me tient énormément à coeur. Réalité, fantastique, j’y ai mélangé un peu de tout. La première histoire est terminée mais l’univers est encore en construction. Aussi, tout risque d’être remanié mais je ne peux renier ce premier jet. Je vous propose donc quelques pages. Bonne lecture ;)

••••••••

Chapitre I

Il y a des jours…des nuits où j’aimerai être ailleurs. Ne pas recevoir ce coup de téléphone, ne pas devoir me changer rapidement malgré les quatre heures du matin, ne pas monter dans cette voiture et ne pas mettre ce gyrophare pour prévenir les autres automobilistes que je ne pouvais pas me permettre d’être en retard.
Ce soir, comme tous les soirs avant lui, marquait la découverte d’un cadavre et le début d’une enquête pour définir pour qui et pour quoi j’avais du me lever si tôt en cette nuit glacée.
_Salut miss. Désolé pour ta nuit de repos.

J’ai eu un soupir en fermant ma portière d’un geste sec. Flack, mon partenaire depuis maintenant deux ans, se contenta de me sourire de manière maladroite. Nous étions devant le chantier de destruction d’un ancien quartier abandonné depuis des années, royaume de toxico et prostituées en tout genre. De nombreuses patrouilles passaient leur journée à rassurer les gars du bâtiment pour leur sécurité. Mais cette fois-ci, l’une d’entre elle avait fait une découverte macabre particulièrement violente, selon les propres mots de mon collègue.
_T’ention, y a de la boue un peu partout.

J’ai sautillé au-dessus des flaques tandis qu’il me guidait entre les ruines d’un ancien bâtiment de béton dont il ne restait bientôt plus que les colonnes de soutien.
_Elle a été découvert par un de nos gars. Un coup de fil anonyme.
_Comme c’est pratique.
_Attends de la voir. Crois-moi, c’est du costaud.
Je suis passée sous une bâche de protection et j’ai commencé à deviner la silhouette d’un pendu. Un pendu par les poignets.

_Voilà.
Flack garda le bras tendu pour que je puisse passer sous cette autre bâche et je me suis arrêtée net devant le spectacle qui s’offrit à moi. Je me suis renfermée, piqué à vif.
_On a une identité ?
_Pas encore. Comme tu peux le voir, elle ne porte aucun vêtement et aucun sac n’a été retrouvé pour l‘instant.
_Ils continuent à fouiller ?
_Bien sûr, mais le chantier est immense, ça va prendre du temps.
J’ai lentement contourné le corps de cette jeune fille qui gisait là, les bras tendus au-dessus de la tête, tenus par cette corde qui serrait les poignets comme elle pourrait serrer les pattes d’un agneau. Ses orteils frôlaient le sol poussiéreux mais cela faisait longtemps qu’elle ne bougeait plus.

_Elle a été torturée, siffla Flack comme si je ne pouvais pas le deviner par moi-même, je n’ose pas imaginer ce qu’elle a pu ressentir.
Je le savais. Mais je n’ai rien dit, concentrée sur ce visage assoupi qu’elle nous présentait là, le menton sur la gorge. Il y avait de tout sur son corps : des traces de brûlure, de coup, de plaie, de déchirure, de pénétration…ses cheveux avaient également été coupés très courts, presque à la militaire.
_Et bien et bien !
Alain Shilovich, notre légiste attitré, est passé sous la bâche et s’est arrêté quelques secondes avant de reprendre sa marche quelque peu freinée par la mallette qu’il emportait toujours avec lui.
_En voilà une chose malheureuse…
Il m’a jeté un coup d’œil rapide mais je n’ai pas bougé lorsqu’il s’est immobilisé devant la jeune fille.
_Etant donné les nombreux sévices qu’elle a subi, vous allez devoir attendre l’autopsie pour connaître la cause de la mort. Mais je peux déjà vous dire qu’elle est là depuis moins de quatre heures.
_Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
_Il fait très froid et cette jeune fille est à peine touchée par la rigidité cadavérique. Votre homme a du s’en débarrasser dès qu’elle a cessé de vivre. Qui l’a découverte ?
_Un de nos hommes.
_J’imagine…déclara-t-il en me regardant du coin de l’œil, que ce n’est pas lui qui a mis cette croix en bois autour de son cou ?
_Bien sûr que non. Il jure n’avoir touché à rien avant de nous appeler !
_Je vois…

Alain a eu un soupir et a fait signe à son collègue de venir l’aider en apportant un escabeau. Ils allaient devoir couper cette corde s’ils voulaient faire descendre la victime de là-haut.
_Je vous tiens au courant pour la suite. Mais faites attention. Celui qui a fait ça a visiblement un message à faire passer. Et il n’utilise pas la meilleure manière pour le délivrer.
Flack a acquiescé de manière entendue en prenant des notes sur son calepin. Pour ma part, j’ai regardé les experts attraper le corps de la victime avec délicatesse après que la corde eut été enfin coupée, pour ensuite l’allonger sur cette bâche noire qui l’attendait telle une dernière demeure. J’ai vu son visage meurtri par les coups que lui avait ouvert la lèvre inférieure et j’ai préféré faire demi-tour avant de voir la fermeture éclaire se refermer sur elle, les nerfs à fleur de peau.

_Diane ?
_Je vais prendre l’air.
J’ai quitté le chantier d’un pas sec et j’ai pris une grande bouffée une fois à l’extérieur, les mains sur les hanches. Flack m’a rejoint après quelques minutes et a refermé son calepin d’un geste sec.
_Sale affaire en perspective. Par quoi on commence ?
_L’identité de la fille. Et on vérifie si c’est le seul cas dans le pays. Peut-être que des collègues sont déjà sur un cas semblable.
_C’est un pro selon toi ?
Je me suis pincée les lèvres. Je n’en étais pas encore sûre et certaine mais…
_J’en sais rien. Tout est trop net. Cela ne ressemble pas à un meurtre passionnel. Ni même un accident.
_Ça, c’est certain, souffla-t-il comme si je le prenais pour un idiot, on a un sadique dans les rues qui prend les filles pour des puching ball, et c’est le capitaine qui ne va pas être content !
_Si tu savais ce que je m’en fiche, des états d’âme du capitaine !

J’ai rejoint ma voiture et il a contourné son propre véhicule pour me suivre dans les rues du centre ville. J’ai roulé sans gyrophare, pensive. J’ai juste jeté un coup d’œil dans le rétroviseur pour voir le visage refermé que mon collègue.
Cela ne faisait pas longtemps, ni pour lui ni pour moi, que nous étions dans la police. Du moins pas assez pour digérer ce genre de spectacle sans nous sentir mal.

Je venais de fêter mes 27 ans, dont déjà huit dans la police, mais seulement deux à la criminelle. Chaque jour avait son lot de surprise mais aussi son lot d’horreur comme ce soir.
Je me sentais proche de cette fille. J’espérais me tromper, mais cette croix en bois simple autour de son cou était comme une signature…Alain avait pensé la même chose en arrivant. Son regard avait été très explicite.
« Tiens ? »
J’ai levé le nez au-dessus de mon volant pour voir la lune se découvrir un nuage trop consistant.
« La pleine lune ? »
J’ai fait la moue mais j’ai continué ma route en direction du commissariat qui était quasiment désert en cette heure de la matinée. J’ai bloqué l’ascenseur pour Flack qui m’a rejoint au pas de course et nous avons gagné le troisième étage afin de rejoindre nos bureaux respectifs.

_Je vérifie pour le coup de la fille nue pendue par les mains, me dit-il en retirant sa veste, tu regardes pour les portées disparues ?
_Je vais me prendre un café avant ça. Tu en veux un ?
_Alors avec beaucoup de sucre, merci.

Je me suis libérée de mon blouson avant de gagner le distributeur à l’autre bout du hall où tous les officiers et collègues tenaient leur bureau. J’ai choisi un café bien noir et j’ai patiemment attendu que le liquide chaud se déverse dans la tasse en plastique. J’ai profité de ce laps de temps pour vérifier un détail sur l’éphéméride d’un collègue.
« Non cette pleine lune n’est pas notée… alors ce serait une lune bleue ? »
Je me suis pincée les lèvres en tournant la page puis je me suis souvenue de mon café qui refroidissait déjà. J’ai payé celui de Flack et je lui ai apporté tandis qu’il cherchait toujours les autres victimes à l’aide de son ordinateur.
J’ai avalé une gorgée de mon gobelet et j’ai commencé mes propres recherches concernant la victime. Si je ne me trompais pas, elle devait avoir disparu depuis au moins trois jours.

_Pas de cas semblable depuis les 6 derniers mois, déclara Flack en me regardant par delà son écran, tu veux que je pousse plus loin ?
_…ça te prendrait combien de temps selon toi ?
_Plusieurs heures.
_Alors autant commencer maintenant. Remonte à cinq ans, nous verrons bien ce qui en sortira.
_A vos ordres !

Je me suis concentrée sur les filles disparues en sirotant mon café trop fort, et au bout de deux heures, le bon visage en est enfin sorti.
_Je l’ai !
_Vraiment ?
Flack est venu derrière ma chaise alors que plusieurs de nos collègues arrivaient enfin. Nous avons découvert l’identité de notre jeune victime aux cheveux roux flamboyants.
_Anna Malova, 22 ans, étudiante. C’est sa colocataire qui a déclaré sa disparition il y a trois jours.
_Etudiante hein ? tu crois que l’université est ouverte à cette heure ?
J’ai regardé ma montre mais il était encore trop tôt.
_Essayons de voir si Alain est prêt de son côté. Ne serait-ce que pour les examens préliminaires.
_Hum…encore une joyeuse journée en perspective.

Nous avons repris nos manteaux pour sortir sous les températures hivernales persistantes bien après Noël et nous avons roulé jusqu’à la morgue. Flack n’aimait pas se rendre dans l’antre d’Alain mais c’était un passage obligé si nous voulions nous immerger dans la tête du tueur…
_Ah vous voilà !
Ce dernier a retiré ses gants de latex et a baissé son masque en nous voyant arriver, quittant alors le corps qu’il était en train d’inspecter pour une autre affaire.
_Vous avez l’identité de notre jeune amie à ce qui paraît ?
_Anna Malova.
_Oui, 22 ans, une jeune fille en pleine santé si on retire toutes ces…tortures infligées par diverses armes blanches.
Il a retiré le drap qui couvrait le visage d’Anna et nous nous sommes arrêtés de l’autre côté pour l’observer sans rien dire. Elle semblait bien jeune avec ce teint blanc à faire peur.
_Elle a souffert de déshydratation de longues heures avant que son cœur ne lâche.
_Son cœur ? à son âge ?

Alain a doucement repoussé le draps pour lui saisir délicatement le poignet sans dénuder sa poitrine et nous a montré ses doigts bleuis à leur extrémité.

_Elle a encaissé d’importantes décharges électriques. Ça après l’étirement de ses bras, brûlures diverses et variées à des endroits que je ne citerais pas, scarifications, plaies ouvertes…
_C’est bon, c’est bon, on a compris !

Flack a préféré faire quelque pas pour se dégourdir les jambes. Alain m’a intensément fixé et j’ai compris qu’il voulait me montrer autre chose. Il a alors écarté sa main du poignet d’Anna et j’ai vu apparaître un tatouage. Quelque chose que peu de gens pouvaient voir.
« Un F inversé…alors j’avais raison… »
Il a reposé son bras et l’a doucement recouverte avant de me tendre le rapport préliminaire d’un geste franc.
_Autant vous éviter la lecture. Cette jeune femme a souffert pendant au moins trois jours puis a été attachée à ce plafond de chantier alors que son corps était encore chaud. Les marques de corde sur sa peau sont assez explicites.
_Il va falloir prévenir les parents…soupira mon collègue en se pinçant la lèvre inférieure.
_Tu veux que je le fasse ?
_Non non, tu m’as couvert les deux dernières fois, c’est bon ! Laisse-moi juste…quelques minutes.

Il a quitté la morgue d’un pas rapide, son téléphone entre les doigts. Alain a levé le nez vers moi et j’ai soupiré en repoussant mes cheveux d’une main lasse.
_Une cousine…
_Tu t’en doutais n’est-ce pas ?
Je me suis saisi du sac de plastique qui contenait la croix de bois retrouvée autour de son cou.
_Cela ne peut être qu’un Inquisiteur…c’est ce que j’ai pensé en arrivant sur le chantier…bien sûr, je dois garder l’esprit assez ouvert pour d’autres possibilités mais…
_….mais tu penses qu’une chasse est ouverte ?
_Une chasse peut-être pas…pas si je l’arrête avant.
J’ai déjà fait demi-tour, prête à sortir.
_Diane.
Alain m’a regardé avec gravité en enfilant de nouveaux gants de latex.
_Fais attention à toi. Tu n’es pas en sécurité avec ce genre de malade dehors.
_Je sais. C’est bien pour ça que je compte le stopper rapidement. Ne t’inquiète pas : je sais me défendre.

Il a eu un sourire nerveux lorsque j’ai poussé les doubles portes après lui avoir fait un clin d’œil. Flack était dans le couloir, assis sur l’un des sièges normalement installés là pour la famille des défunts. Il secouait son portable en rythme sur ses genoux, le regard vide.
_J’ai eu la mère, me dit-il sans me regarder, elle a refusé de me croire et m’a raccroché au nez en me traitant de suppôt de Satan. Tu le crois ça ?
_…elle a refusé de te croire, c’est normal. Tu as son adresse ?

Il m’a tendu une page arrachée de son calepin, encore sous le choc. Je l’ai déplié pour découvrir que Marie Malova habitait bien loin de sa fille, dans la campagne oubliée à l’autre bout du pays.
_Allons voir la colocataire d’Anna. Elle pourra peut-être nous renseigner sur son emploi du temps des derniers jours.

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