Nocturne

Une petite nouvelle, deuxième édition ! ^^

Après la seconde guerre, un peu de fantasy. Inspiré à la fois de “Assassin Royal” de Robin Hood, et du jeu “Assassin Creed”, voici ma propre version d’un assassin.

Au départ, il s’agit d’une nouvelle. Depuis, j’ai esquissé une suite…petit à petit qui sait ? Ça dépend aussi si cela intéresse ou non. J’écris d’abord pour moi mais il est vrai que ça aide quand les gens apprécient l’univers :)

[Attention, c'est un peu long. Bon courage ;) ]

••••••••

Nocturne

I

Il faisait nuit depuis un petit moment lorsque la silhouette du château se dessina dans la lueur de la lune. Les deux chevaux rompus après une journée de route s’arrêtèrent à la hauteur du pont-levis.
_Qui va là ?!
Une torche illumina les remparts. La tête suspicieuse d’un garde à l’allure mal embouchée passa furtivement.
_Deux invités du comte ! Il est au courant !
_Ah oui !…c’est bon, passez !
Les chaînes glissèrent en grinçant et firent tomber la planche de bois qui offrit une entrée directe sur la cour intérieure. Les deux cavaliers remirent leurs équidés au pas. Ils passèrent l’arche de pierre au bruit des sabots. Le soldat siffla entre ses dents puis cracha d’un geste agacé : cela ne l’amusait pas d’être de surveillance. Le comte recevait rarement : il préférait se faire inviter. C’était nettement moins coûteux et bien plus agréable pour sa panse.
_Nous y sommes.
Les cavaliers descendirent de leurs montures et les laissèrent aux soins des écuyers qui se pressèrent à leur rencontre. L’un des inconnus repoussa la capuche qui lui couvrait le visage et souffla de soulagement : l’homme était costaud et en pleine mesure de ses moyens, à la barbe finement dessinée et au sourire facile.

Les jeunes écuyers se lancèrent des regards circonspects. Ils jetèrent un coup d’œil en direction du deuxième invité qui récupérait calmement sa besace. Impossible de voir à quoi il ressemblait. Rien n’était visible en dehors de son menton.

_Messieurs.
Deux gardes se mirent au-garde à vous devant l’homme aux yeux ridés. Ce dernier se lissa le bouc.
_Monsieur le comte vous attends. Veuillez nous suivre s’il vous plait.

L’inconnu rejoignit son compagnon en silence. Ils quittèrent la cour et entrèrent dans le premier vestibule du château. Ils y laissèrent quelques affaires à la demande des serviteurs, puis traversèrent la pièce suivante où découlait un magnifique escalier tapissé de rouge. L’inconnu au visage dissimulé caché sembla détailler les grosses pierres des murs, les bougies et les teintures d’un œil intéressé.

_Ah vous voilà ! Soyez les bienvenus !

Un homme descendit les marches, les bras ouverts. Le visiteur barbu s’inclina bien bas, une main sur le ventre.
_Nous sommes honorés de votre invitation, monsieur le comte.
_Allons allons, relevez-vous, sourit l’intéressé en s’arrêtant à sa hauteur, pas de ça entre nous !
Le barbu se redressa fièrement. Le comte lui tapota l’épaule comme il aurait pu le faire pour un ami de toujours, puis sentit la présence de l’étranger encapuchonné.
_Est-ce là votre fameux compagnon ?
_…en effet sire. Pardonnez-lui de ne pas vous adresser la parole, mais cela fait parti de notre protocole…
_Tout à fait, tout à fait…souffla l’homme fortuné en tentant en vain de distinguer quelque chose sous cette capuche, parfait ! Mais nous n’allons pas restés ainsi indéfiniment ! Je vous invite à ma table ! Vous devez mourir de faim après un tel voyage. Ne me dites pas non, vous m’offenseriez !
L’encapuchonné s’écarta d’un pas quand deux serviteurs traversèrent le hall avec leurs affaires. L’un des eux s’inclina afin de lui demander le sac qu’il tenait à l’épaule. On crut l’entendre soupirer de dépit. Un soupir qui fit trembler le pauvre serviteur qui préféra s’éloigner rapidement en prenant ses jambes à son cou.
_Venez goûter à notre célèbre terrine ! Vous m’en direz des nouvelles !

Une fois attablé, le comte espéra voir le visage du deuxième voyageur. Légèrement agacé, il le déshabilla du regard en le voyant découper sa viande comme si ne rien était. Ses mains, protégées par des mitaines de cuir, ne pouvaient en préciser le sexe, tout comme la cape qui lui recouvrait les épaules.
_A-t-il un nom ? demanda le seigneur, est-ce seulement un être humain ?
Le barbu manqua de s’esclaffer dans sa bière chaude, un large sourire aux lèvres.
_Bien sûr sire ! Nocturne est tout ce qu’il y a de plus humain ! Il désire seulement garder son identité afin d’exécuter au mieux le travail que vous lui demanderez de faire. Comprenez, c’est une question de sécurité.
_Hum hum…voilà bien la première fois que j’entends une chose pareille, mais si vous dites que cela fait parti de son travail….nous en parlerons après le dîner, n’est-ce pas ? ne gâchons pas cette bonne nourriture pour si peu !
Le barbu acquiesça vivement, l’œil gourmand. Nocturne se contenta lui, de manger sans bruit, comme à son habitude.

Après ce long dîner quasi-interminable, le comte eut du mal à se lever de sa chaise. Les joues rouges à cause des litres de vin avalés, il demanda à ce qu’on lui apporte sa meilleure bouteille dans le petit salon privé. Un serviteur s’exécuta rapidement alors que son maître s’affalait dans un gros fauteuil moelleux, presque vulgaire dans sa manière de se tenir.
_C’est bon c’est bon va-t-en !…dégage de ma vue !
Nocturne serra les dents et hocha légèrement de la tête quand le pauvre homme passa non loin de lui. Surpris, ce dernier ne pensa même pas répondre à ce signe de soutien moral.
_Bien ! Nous allons enfin pouvoir passer aux choses sérieuses ! Un verre ?
_Merci sire, mais votre succulent repas occupe déjà tout mon estomac.
_Humf, vous ne savez pas ce que vous manquez !
Le comte se servit bien plus que la dose normalement souhaitée et fit tourner le liquide dans sa main, le regard vide. Les deux visiteurs attendirent calmement qu’il fasse son introspection avant de boire plus de la moitié en une seule gorgée.
_C’est simple. Je veux que vous me débarrassiez d’une épine. Une grosse épine !
Il leur désigna un petit parchemin posé à côté de lui. Nocturne s’en saisit d’un geste franc. Un geste qui surprit l’hôte des lieux.
_Alors il pense par lui-même ? se moqua-t-il, son nectar aux lèvres.
L’intéressé préféra ne pas relever l’affront et fronça les sourcils, bien que personne ne puisse le voir. Il tendit alors le parchemin à son acolyte qui fit la même tête en découvrant l’identité de leur future victime.
_Le duc de Sholer ? votre ami ?
_Ami ami…souffla le comte, porté par l’alcool, les amitiés se font et se défont au grès des affaires ! et puis, il se fait vieux.
L’inconnu cacha un soupir en le regardant avaler le fond de son verre avec délectation.

_Il reçoit demain soir. Je suis invité évidemment. Moi comme une dizaine d’autres abrutis. C’est là que vous interviendrez. En toute discrétion bien sûr ! Rien ne doit laisser persister le doute quant à notre petit marché, vous me suivez ?
Le barbu acquiesça, maintenant plus renfermé.
_Je veux que cela ait l’air d’un accident. Aucune effusion. Il serait malheureux que ses petites filles le voient nager dans son propre sang. Surtout en cette soirée d’anniversaire.
_Cette soirée d’anniversaire ?
_Humf oui ! grimaça le comte en avalant presque de travers, sa cadette fête ses 21 ans. La majorité, vous vous en rendez compte ? Le temps passe décidément trop vite.
Il souffla dans son cognac avant de se resservir un troisième verre.
_Comme prévu, je vous paye la moitié aujourd’hui, la moitié une fois sa mort déclarée. Vous aurez même droit à un supplément si je ne suis pas soupçonné.
_Monseigneur est trop généreux.
_Je sais. Cela me perdra !
Nocturne avança d’un pas sec, mais son compagnon se plaça discrètement devant lui pour l’empêcher d’aller plus loin.
_Nous allons prendre congé sire, nous avons besoin de repos si nous voulons être prêts pour demain.
_Bien sûr, bien sûr, faites faites ! Nous nous reverrons bien assez tôt avant notre départ.

Les deux invités s’inclinèrent et quittèrent la salle au signe de tête du comte. Une jeune servante à peine sortie de l’adolescence leur fit une révérence bien basse et les invita à la suivre dans les méandres des couloirs.
Le château était très souvent au trois quart vide, le comte n’ayant quasiment plus aucune famille. Certains coins de la bâtisse n’étaient pas aussi bien entretenus que le salon privé du propriétaire. A commencer par l’escalier lui-même…
Nocturne fit sursauter la jeune hôtesse en éternuant sous sa cape.
_Ce n’est rien demoiselle, sourit son compagnon de route, il a pris froid sur le chemin.
_Oh, rougit l’intéressée, peut-être monseigneur désirerait-il un bon grog pour se soulager la gorge ?
_Ce serait avec joie, merci pour lui.
La jeune fille acquiesça silencieusement puis les guida jusqu’à leur chambre. Une grande chambre avec deux lits à baldaquin clairement séparés par un tapis fait d’une peau de tigre à dent de sabre.
_Cela vous convient-il ?
_Oui, c’est parfait. Nous n’en espérions pas tant !
_J’en suis ravie. Je m’en vais m’occuper de votre grog monseigneur. Prenez le temps de vous installer.
_Merci beaucoup mademoiselle. Vous êtes charmante.
L’hôtesse rougit de nouveau et s’inclina avant de fermer derrière elle, à la fois touchée et gênée par la déclaration de l’homme à l’âge appuyé. Ce dernier garda le sourire puis fit tourner son épaule en grimaçant, une fois sa cape retirée.

_Une longue route nous attend pour rejoindre le domaine du duc. J’espère que les chevaux seront prêts.
Nocturne se racla la gorge puis attrapa les bords de sa capuche pour enfin dévoiler son visage. Mais on frappa bientôt à la porte et il fut obligé de se couvrir de nouveau.
« Votre grog monseigneur »
_Oh elle est rapide, cette petite !
Notre bon vivant alla lui ouvrir et la remercia d’un air entendu. Nocturne soupira longuement et se glissa discrètement entre les deux personnages pour prendre le grog des mains délicates de la jeune fille. Cette dernière, surprise par le faible contact de ses doigts, faillit en perdre la tasse.
_…merci…
Elle leva les yeux et devint encore plus rouge lorsqu’elle perçut le ton grave de sa voix.
_Appelez-moi si vous avez d’autre chose messires.
_Nous ne voudrions vous déranger pendant votre sommeil, jeune demoiselle. N’ayez crainte, nous devrions pouvoir nous débrouiller.
_Dans ce cas, je vous souhaite une nuit agréable messires. Que Séléna veille sur vous.
_Que Séléna veille sur vous.
La lourde porte de bois se referma sur la fine silhouette, et les deux visiteurs se retrouvèrent enfin seuls, à l’abri des oreilles indiscrètes.

_Quelle charmante personne, tu ne trouves pas ? si pure, si innocente…
_Et si jeune.
Le barbu se retourna et regarda son jeune compagnon repousser enfin la cape qui lui cachait si étrangement le visage. Un sourire se dessina sur ses lèvres comme à chaque fois qu’il redécouvrait ses traits.
_Tu sembles déjà lui plaire, lui lança-t-il sur un ton de plaisanterie, toi et ta fameuse voix enrouée.
_J’ai la voix enrouée à cause de cette pluie que l’on a pris sur le chemin, et non pas pour autre chose. Arrête de te faire des parchemins avec ton imagination tordue, tu veux ?

Nocturne attrapa son sac et le posa sur l’un des lits avant de se défaire de sa cape entière. Son costume près du corps dévoila des formes bien trop arrondies pour être celles d’un homme, des épaules musclées par des années d’entraînement, mais un visage aux traits fins avec des yeux d’un bleu particulièrement hypnotique.
_Tu as une idée sur la procédure pour demain ?
_Peut-être…tu as une préférence ?
La jeune femme se passa une main dans les cheveux avec un air fatigué sur le visage.
_Le poison. Si cet imbécile veut ne pas être soupçonné, je ne vois rien de mieux. Cependant…Thanos ?
_Hum ?…ah !
Son ami gagna le combat engagé avec ses bottes de fourrure puis leva le nez à la prononciation de son nom.
_Crois-tu que tuer le duc de Sholer soit une bonne idée ? c’est un homme bon, qui a beaucoup aidé après la guerre. Pourquoi ce comte d’opérette désire-t-il sa mort ?
Thanos fronça les sourcils puis soupira en s’étirant les doigts de pied avec délectation
_Tu sais bien que tu n’es pas censée te poser ce genre de question une fois ton contrat énoncé. C’est la première règle de notre guilde…tu t’en souviens ?
_Bien sûr, mais cela ne m’empêchera pas de le faire. Crois-tu qu’il n’y a pas d’injustice ? c’est ce gros lard en bas que l’on devrait empoisonner et pas un homme qui a valeureusement gagner des batailles et imposer la paix dans nos contrées !

Thanos eut un petit sourire en se redressant. Il lui tapota l’épaule et l’invita à boire son grog le temps qu’il soit encore chaud.
_Cela me désole autant que toi, mais rien ne dit que nous ferons pas attention demain soir. Je n’ai pas non plus confiance en cet homme, ainsi nous prendrons toutes les précautions nécessaires. Tu n’as rien à craindre.
Nocturne soupira et se dégagea de l’emprise de son maître avec un air buté.
_Je sais très bien que je n’ai rien à craindre. Je me débrouille parfaitement seule ! Et je ferai ce qu’il faudra. Comme toujours !

Thanos acquiesça d’un air entendu et fila se coucher pour se soulager un peu le dos. Il ferma les yeux et s’endormit presque sur le champ. Nocturne soupira et souffla sur la bougie pour plonger la chambre dans le noir. Elle s’étira puis s’allongea au-dessus des draps, la tête vide.
Elle devait être prête pour demain. Tout allait dépendre de ses aptitudes…

Aux premières lueurs de l’aurore, la caravane s’est élancée comme prévu en direction du domaine ducale.
Le voyage prit de longues heures sous un soleil timide, parfois caché derrière de sombres nuages. Nocturne laissait son cheval suivre la troupe, silencieuse et soucieuse.
Thanos savait ce qui la tourmentait : c’était la meilleure. Sans contexte, elle était bien plus forte que les hommes de leur clan, bien plus forte que lui-même à son âge… mais le doute persistait dans son esprit. Selon elle, certaines personnes avaient plus ou moins le mérite de mourir que d’autres. C’était humain : elle était jeune, elle avait encore du mal à différencier l’assassin qu’elle était en ce moment, et la jeune femme qu’elle cachait soigneusement sous cette capuche. Cela viendrait avec l’expérience…

_Nocturne.
_Hum ?
Elle tourna les yeux vers son maître. Puis préféra regarder ailleurs. Il secoua la tête avant de fixer le paysage devant lui.
« Encore un peu de patience et elle dépassera sûrement son père…juste encore un peu… »

_Ah mon ami ! Te voilà enfin !
Le soleil se couchait lorsque le duc vint à la rencontre de son vieux camarade de régiment. Ce dernier joua le jeu à la perfection au moment des embrassades et garda le sourire lorsqu’il salua les jeunes filles qui patientaient calmement sur le côté.
_Entrez, ne restez pas dehors ! Les oracles ont prédit du gros temps pour cette nuit. Mettez les chevaux à l’abri !
Les serviteurs coururent dans tous les sens pour obéir aux ordres du duc et provoquèrent une belle pagaille. Nocturne descendit de son cheval et se glissa telle une ombre entre les pierres du château. Thanos fit comme si ne rien était et suivit calmement les hommes du comte pour se fondre dans la masse. Le temps que le duc entre dans sa demeure, les deux mystérieux voyageurs avaient déjà disparus.

« Alors…la chambre ducale… »
Nocturne traversa les cuisines sans encombre particulière, tant les serviteurs pouvaient être occupés. Elle et se glissa dans les couloirs de l’étage. Ces derniers étaient bien mieux entretenus que ceux du comte, ce qui ne lui simplifia pas les choses pour autant.
_Au fait, tu as vu ? le vieux croupion est revenu !
_Rha non, il  va encore manger comme quatre celui-là ! Un vrai porc !
« Mince ! »
Deux femmes affectées au service des chambres quittèrent leur antre tout en bavassant, les bras pleins de linge propre. Elles faillirent piéger l’étrangère qui se jeta droit dans une alcôve de pierre. Elle se colla au mur, le cœur battant. Elle les laissa passer, trop prises par leur conversation pour faire attention à ce qui les entouraient.
_Il va encore être odieux avec mademoiselle Lina, déclara l’une d’entre elle en soupirant, heureusement qu’elle est trop bien élevée pour lui !
_Heureusement surtout que monsieur le duc a refusé de lui donner sa main. Tu imagines ? la demoiselle avec ce porc ? Ça aurait été la fin de tout !
_Sans compter qu’il a trois fois son âge.
_C’est un porc vicieux, que veux-tu ? c’est déjà dur de voir monsieur ami avec cet individu…

Nocturne fronça du nez : elle qui cherchait une raison valable à cette mission, elle venait d’être servie sur un plateau. Rien n’était plus profitable pour un assassin que les bruits de couloir. Même les plus grands secrets finissaient toujours éventés par la rumeur…
« Alors ce vieux lubrique voulait épouser la cadette…voilà pourquoi il désire autant que j’empoisonne son père »
Elle continua sa route en direction des appartements. Heureusement pour elle, l’hôte de ces lieux ne se sentait pas assez menacé pour poster des gardes sur sa route.
« Fermée évidemment »
Elle sortit son nécessaire de crochetage et fit sauter le verrou sans la moindre difficulté. Elle se faufila à l’intérieur tel un courant d’air et referma soigneusement derrière elle.

Elle se retourna pour voir l’ampleur des appartements du duc.
Elle découvrit un beau portrait de la duchesse disparue quelques années auparavant, et admira les peintures faites par ses soins lors de son vivant. Le duc semblait prendre soin de tous ses tableaux malgré le temps passé.
« A croire qu’elle est toujours de ce monde… »
Nocturne retourna dans la pièce principale afin de trouver une façon de faire son travail sans faire souffrir cet homme qu’elle admirait, plongée dans ses pensées.
« Oui oui j’arrive ! Faites les patienter ! »
« Que…! »
Elle fit volte-face et remit sa capuche dans un geste paniqué. Le duc revenait déjà dans ses appartements !
« Bon sang Thanos ! Qu’est-ce que tu fais ?! »
Elle se glissa derrière les larges rideaux rouges qui couvraient les murs et retint sa respiration. Rien n’allait comme prévu. Elle commençait sérieusement à détester ce contrat.
_Où est-il ?….ah ! le voilà…
Elle risqua un œil et vit l’homme déjà âgé en train de fouiller un petit coffre qu’il ouvrit avec précaution. Assis dans son grand fauteuil de cuir, elle lui trouva le teint blafard.
« Hum ? »

Elle fronça du nez quand elle le vit déboucher une fiole contenant un liquide bleu qu’elle reconnut facilement. Il avala le contenu d’une seule traite puis souffla longuement avant de se mettre à tousser. Nocturne plissa des paupières quand elle devina du sang maculer ses dents.
« …je vois… »
Le vieil homme se laissa tomber contre le dossier de son fauteuil. Nocturne réalisa la situation et décida contre toute attente de sortir de sa cachette.

_Monsieur le duc.
_Qu’est-ce que !
Le vieux soldat attrapa l’épée qui siégeait non loin de son fauteuil et pointa aussitôt l’étrangère d’un bras droit et solide.
_Je ne vous veux aucun mal.
Le duc fronça de la moustache et la déshabilla du regard en plissant des paupières.
_En voilà une étrange manière de se présenter, jeune homme, siffla-t-il, mis en faux par la voix enrouée de l’individu, vous voulez faire sauter mon vieux cœur ?
_…j’ai été engagé pour cela.
_Voyez-vous ça !
Le soldat baissa légèrement son épée, circonspect.
_…j’aurai du m’en douter en détaillant votre tenue. Vous êtes un assassin…
_C’est exact. Mais rassurez-vous. Le contrat qui m’a été alloué est désormais caduc.

L’homme haussa un sourcil. Il eut un étrange sourire en baissant définitivement son bras.
_Vous avez été témoin de mon lavement…un grand soulagement pour vous, je suppose.
_Non. Pas de la façon dont vous semblez croire. Je ne tue pas pour le plaisir. Et surtout pas un héros de son temps.
_Hum ? Un héros ?
Le duc posa son épée sur son bureau et se lissa la moustache avec un petit sourire moqueur.
_Vous êtes bien renseigné…
_Cela fait parti de mon travail.
_Bien sûr… moi qui pensait que les assassins n’aimaient que le sang gratuit !

Nocturne recula d’un demi pas quand le duc se décolla de son bureau. Ce dernier eut aussitôt un visage amusé.
_Dis donc, ce serait plutôt à moi de vous craindre !
_Ce n’est pas ce que vous croyez.
Le duc fronça du nez, maintenant piqué à vif.
_On vous engage pour me tuer et vous restez là, sans bouger ! Vous reculez même !
_Vous avez raison, je vais vous laisser. C’est une soirée importante pour votre fille. Elle a besoin de vous.
_Qu…vous voulez vous en prendre à ma fille ?!
Nocturne se retourna alors qu’elle était sur le point de quitter la pièce. L’homme de guerre se figea sur l’instant et déglutit, la lame d’une dague glissée sous la gorge. Il avait à peine touché le pommeau de son épée qu’elle avait déjà réagi.

_Calmez-vous monsieur, je ne vais m’en prendre à personne. Ni à vous, ni à aucun membre de votre famille. Vous me suivez ?
_Hum hum.
Légèrement arquée sur ses jambes pour être en bonne position, elle recula lentement son arme puis fit un bond en arrière pour éviter le moindre retour. Le duc ne put qu’être admiratif d’une telle agilité.
_Je vais m’en aller et vous laissez sauf afin que vous puissiez profiter des dernières semaines qu’il vous reste. En échange, je vous demanderai de faire ma visite un secret. Est-ce assez équitable à vos yeux ?

L’homme soupira doucement puis se passa une main sur la gorge, mal à l’aise.
_Equitable n’est pas le mot que j’aurai choisi mais…si cela peut me permettre de vivre encore…
_Je vous conseille également de mettre des compresses chaudes sur vos bronches afin de fluidifier le sang qui les encombre. Cela vous fera peut-être gagner quelques jours…et cela soulagera les douleurs.
Elle inclina légèrement la tête puis se dirigea vers la porte de sortie. Le duc soupira doucement, fatigué.
_Vous êtes un assassin bien étrange…me donner des conseils pour que je survive…votre commanditaire ne va pas s’en satisfaire.
_Qu’importe, je n’ai aucun compte à lui rendre. Son souhait sera bientôt réalisé et ce seront les dieux qui décideront du jour et du lieu.

Elle entendit un petit rire dans son dos qui l’empêcha de tourner la poignée.
_J’ignore qui vous êtes, jeune homme, mais j’avoue que vous me plaisez. Vous avez un cœur malgré la lame acérée de votre dague…pourquoi être devenu assassin si vous n’aimez pas tuer ?
Elle ferma les yeux à ces mots et calma les battements de son cœur qui résonnaient étrangement dans son esprit.
_Je n’ai pas choisi monsieur. On a choisi pour moi.
Elle rouvrit les yeux et passa enfin un pied dans le couloir.
_Mais je vous souhaite une bonne soirée. Qu’elle vous soit agréable.
Elle lâcha la porte et avança calmement, les sens aux aguets. Elle ignorait si elle pouvait lui faire confiance. Après tout, il pouvait lancer des gardes à ses trousses…
…cependant, le vieux duc n’en fit rien. Il préféra s’asseoir quelques instants pour digérer la nouvelle de son assassinat raté. Quelqu’un avait engagé un homme de main pour le faire taire. Mais qui ?

Nocturne accéléra le pas et quitta bien vite ces couloirs où pouvait apparaître n’importe quel employé de la famille. Elle profita de l’ouverture d’une fenêtre pour atterrir sur le chemin de ronde. Un garde s’alluma une barre de tabac. Elle soupira, fatiguée d’être aussi nerveuse. Elle se glissa plutôt parmi les ombres et regagna la cour intérieure dans un petit saut. Le ciel s’était déchiré en son absence : il pleuvinait déjà de grosses gouttes qui allaient rendre le terrain boueux.
« La fête bat son plein »

Elle leva les yeux vers les vitraux éclairés de lumière et frissonna sous la bise glacée. Elle siffla un ami qui descendit rapidement du ciel en poussant un cri strident. Un jeune faucon à la robe argenté qui se posa sur son bras pour avaler sa récompense d’un coup de bec.
_Tu sais ce qui te reste à faire, Horus.
Elle lui donna de l’élan et le regarda gagner l’un des vitraux de l’étage supérieur. Thanos descellerait bientôt le message qu’elle avait attaché à la patte de l’animal et elle serait enfin libérée de ce fardeau. Mais avant toute chose, elle avait encore une tache à accomplir…

Le duc de Sholdé descendit rejoindre ses invités et ses charmantes petites filles dès qu’il eut fini de se remettre de ses émotions. Quelle ne fut pas surprise quand on lui annonça le décès soudain de son ami, le comte de la Butte. A peine avait-il eu le temps d’avaler une gorgée de son cognac préféré que son cœur s’était emballé. Il n’y avait plus rien à faire.
Le vieil homme sembla fort peiné mais le sourire qui se dessina sur son visage intrigua sa cadette.
« Les dieux ont décidément bien d’étranges messagers… »
Malgré ses recherches, il ne trouva pas l’individu qui lui avait rendu visite dans la foule de ses invités. Il comprit qu’il était déjà reparti sur la route. Les deux chevaux étaient déjà loin…
_Atcha !
_Et beh !
_Fichue pluie…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.